L'ANSES et la Surveillance des Résidus de Produits Phytopharmaceutiques
La sécurité alimentaire est une préoccupation majeure dans le secteur de la restauration. Au-delà de l'hygiène stricte et des bonnes pratiques de fabrication, la maîtrise des risques chimiques liés aux matières premières est essentielle. C'est dans ce contexte que les travaux de l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) revêtent une importance capitale, notamment ceux concernant les produits phytopharmaceutiques, plus communément appelés pesticides.
Le procès-verbal de la réunion du Comité d'Experts Spécialisé (CES) "Produits phytopharmaceutiques : substances et préparations chimiques" du 27 février 2018, consultable sur le site de l'ANSES, offre un aperçu détaillé du processus d'évaluation et des discussions menées par les experts. Ces débats, bien que techniques, ont des répercussions directes sur la qualité et la sécurité des aliments que nous retrouvons dans nos assiettes.
Au Cœur des Débats : Évaluation des Risques et LMR
La réunion du CES PP met en lumière l'évaluation scientifique rigoureuse des substances actives utilisées dans les produits phytopharmaceutiques. L'objectif est d'autoriser ou de renouveler l'autorisation de ces substances uniquement si elles ne présentent pas de risques inacceptables pour la santé humaine, la santé animale ou l'environnement. Plusieurs dossiers cruciaux ont été examinés lors de cette séance :
- Substances en fin d'approbation : Des substances comme le thiaclopride et la trifluraline ont été étudiées sous l'angle de leurs propriétés intrinsèques. Les discussions ont notamment porté sur la suspicion de propriétés de perturbation endocrinienne, pouvant conduire à leur non-renouvellement sur la base de critères dits de "cut-off". Cette démarche souligne la vigilance accrue face aux risques à long terme.
- Limites Maximales de Résidus (LMR) : Un point central des discussions concerne les LMR. Il s'agit des concentrations maximales de résidus de pesticides autorisées dans ou sur les denrées alimentaires. Le procès-verbal mentionne des échanges approfondis sur les LMR de substances telles que le chlorpyriphos et le chlorpyriphos-méthyl dans diverses matrices (agrumes, fruits à pépins, légumineuses, céréales, etc.). Ces discussions sont cruciales car elles définissent les seuils au-delà desquels une denrée est considérée comme non conforme et impropre à la consommation. Des substances comme le chlorprophame, utilisé comme anti-germinatif pour les pommes de terre, font également l'objet d'un suivi attentif de leurs LMR.
- Nouvelles substances et réévaluations : Le CES examine également les dossiers de nouvelles substances ou de réévaluations, à l'instar du glyphosate, pour lequel des études complémentaires sont régulièrement demandées afin d'affiner l'évaluation des risques.
Impact sur la Restauration et Bonnes Pratiques
Pour les professionnels de la restauration, la surveillance des produits phytopharmaceutiques par l'ANSES a des implications directes :
1. Maîtrise des Risques Chimiques dans le Plan HACCP
Les résidus de pesticides constituent une catégorie de danger chimique à prendre en compte dans le cadre de votre système HACCP. Bien que les LMR soient fixées à des niveaux très protecteurs, une vigilance constante est de mise. L'analyse des dangers doit inclure l'identification des sources potentielles de contamination (matières premières agricoles) et la mise en place de mesures préventives.
2. L'Importance du Sourcing Responsable
Le choix des fournisseurs est primordial. Privilégier des fournisseurs qui s'engagent sur le respect des LMR et qui peuvent fournir des garanties de traçabilité est une pratique exemplaire. Se renseigner sur les certifications agricoles (agriculture biologique, labels environnementaux) peut également contribuer à réduire l'exposition aux résidus.
3. Hygiène et Préparation des Aliments
Des pratiques d'hygiène rigoureuses, telles que le lavage soigneux des fruits et légumes, peuvent aider à éliminer une partie des résidus présents en surface. Cependant, il est important de comprendre que certains pesticides sont systémiques et pénètrent les tissus de la plante. La vigilance commence donc bien en amont, au niveau de la production agricole.
En somme, le travail de l'ANSES est une pierre angulaire de la sécurité alimentaire. Pour les professionnels de la restauration, comprendre ces enjeux permet non seulement de garantir la conformité réglementaire, mais surtout d'assurer la santé et la confiance de leurs convives face aux défis des résidus de pesticides.
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