La question des perturbateurs endocriniens (PE) est au cœur des préoccupations de santé publique, et par extension, de la sécurité alimentaire. L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a mené le projet COSMEPHARM, une initiative ambitieuse visant à évaluer de manière exhaustive l'exposition des consommateurs français à ces substances complexes, notamment via l'alimentation. Ce projet multidisciplinaire fournit des données cruciales pour une meilleure gestion des risques et une application plus rigoureuse des principes d'hygiène alimentaire.

Comprendre les Perturbateurs Endocriniens et le Projet COSMEPHARM

Les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques étrangères à l'organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système hormonal, même à de faibles doses, et entraîner des effets néfastes sur la santé. L'exposition à ces substances est multiple : environnementale, par les produits de consommation courante comme les cosmétiques, et surtout, par l'alimentation.

Le projet COSMEPHARM de l'ANSES s'est fixé pour objectif principal d'améliorer la connaissance de l'exposition humaine aux perturbateurs endocriniens, avec une attention particulière pour les populations vulnérables comme les enfants et les femmes enceintes. L'approche est globale, intégrant plusieurs sources d'exposition pour une vision complète du risque.

Une Méthodologie Rigoureuse et Multidisciplinaire

Pour atteindre ses objectifs, le projet COSMEPHARM a mis en œuvre une méthodologie structurée, combinant recherche fondamentale et appliquée :

  • Revue de la Littérature : Une analyse approfondie a été réalisée sur la présence des PE dans différents produits, leur métabolisme et leur cinétique dans l'organisme.
  • Identification des PE Cibles : Des perturbateurs endocriniens pertinents ont été sélectionnés pour l'étude, tant dans les cosmétiques que dans les denrées alimentaires.
  • Développement Analytique : Des méthodes d'analyse innovantes ont été développées pour détecter et quantifier les PE dans les matrices biologiques (urine, cheveux) et les matrices d'exposition (cosmétiques, aliments).
  • Biomonitoring : Les données de la prestigieuse étude Esteban (étude de biomonitoring) ont été exploitées pour évaluer l'exposition interne réelle des populations.
  • Modélisation de l'Exposition : Un modèle global d'exposition a été conçu pour estimer l'apport en PE provenant de diverses sources, en intégrant les données sur l'alimentation, les cosmétiques et l'environnement.

Impact et Enjeux pour la Sécurité Alimentaire

Pour les professionnels de la restauration et de l'agroalimentaire, les conclusions de projets comme COSMEPHARM sont d'une importance capitale. Bien que l'étude porte sur l'exposition globale, la composante alimentaire est un vecteur majeur de transmission des PE. Comprendre les voies de contamination est essentiel pour mettre en place des stratégies de réduction des risques.

Ce projet renforce la nécessité d'une vigilance constante sur la provenance des matières premières, les conditions de stockage et de préparation des aliments. Une bonne pratique d'hygiène ne se limite pas à la prévention des contaminations microbiologiques, mais englobe également la maîtrise des risques chimiques, dont font partie les perturbateurs endocriniens. Les restaurateurs sont des acteurs clés dans la protection du consommateur, et une connaissance approfondie des enjeux de sécurité sanitaire des aliments est indispensable.

Vers une Meilleure Gestion des Risques

Les résultats du projet COSMEPHARM se traduisent par des avancées significatives : la création de nouvelles méthodes analytiques, l'établissement d'une base de données exhaustive et le raffinement des modèles d'exposition. Ces outils permettront d'élaborer des recommandations plus précises pour la gestion des risques liés aux PE et, potentiellement, d'adapter la réglementation.

En somme, le projet COSMEPHARM de l'ANSES est une contribution majeure à la santé publique et à la sécurité alimentaire. Il souligne l'importance d'une approche intégrée pour comprendre et réduire l'exposition aux perturbateurs endocriniens, un défi que les professionnels de la restauration doivent intégrer dans leurs démarches HACCP et leurs bonnes pratiques d'hygiène quotidiennes.

Source : ANSES - COSMEPHARM